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Ginette Kolinka : « Je compte sur vous »

Télégramme du vendredi 11 janvier

Inlassable passeuse de mémoire, Ginette Kolinka est revenue à Auray, vendredi 11 janvier, raconter son histoire. Cette survivante des camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale a adressé un message de tolérance à une centaine d’élèves du collège Le Verger.

 

« Que fais-tu quand tu as soif ? », lance la vieille dame à une jeune collégienne au premier rang. « Je bois », répond simplement l’adolescente. « Et bien quand j’étais jeune et déportée, je devais boire dans une flaque d’eau si j’avais soif ». Le ton est donné, ce vendredi 11 janvier, au collège Le Verger d’Auray. Ginette Kolinka, mémoire vivante des atrocités de la Seconde Guerre mondiale, est venue retracer son vécu devant une centaine de collégiens, captivés par les pensées intactes de cette femme de 93 ans.

 

Des souvenirs intacts et saisissants

Le personnel enseignant prévient que cette rencontre va durer plus de deux heures. « Je vous vois pâlir », s’amuse celle qui a mis du temps avant d’accepter de parler publiquement de son histoire. « Que pensez-vous des films sur la Shoah ? » ; « Qu’avez-vous ressenti en vous voyant pour la première fois dans le miroir, après le retour des camps ? » : après 2 h 30 de récit, à peine interrompu par un verre d’eau pour éclaircir sa voix, il a fallu mettre un terme aux multiples questions des adolescents. Que la sonnerie n’aura même pas fait bouger d’un poil.

« La honte est plus forte que tout »

Coquette et bien apprêtée, Ginette Kolinka ferme parfois les yeux en égrainant son parcours. Pour ne rien oublier. Le 12 avril, c’est le départ pour Drancy, ce qu’elle pense être un camp de travail. « Je n’avais pas peur, car je ne savais pas ce qu’étaient réellement ces camps ». Puis le voyage vers Auschwitz, entassés, « le train de la mort, sans nourriture ni eau ».

Les planches du train « mal soudées », l’odeur, la faim, la tonte des cheveux et du sexe, rien n’est omis, ni même ce tatouage, matricule 78599. Elle le montrera aux collégiens médusés. « Je n’avais plus rien. Je n’étais plus Ginette. Ne me demandez pas si le tatouage m’a fait mal, ou si les coups m’ont blessée. La honte (elle marque un silence) est plus forte que tout ». Plus aucun bruit ne couvre les mots de Ginette Kolinka dans la salle des forums.

Les photos de son petit frère, de son neveu, et plusieurs photos des camps jonchent la table. Elle relate avec une clarté et une précision saisissantes les détails de sa vie, depuis sa jeunesse, jusqu’à la fuite, grâce à des passeurs, vers la zone libre, et son arrestation par la Gestapo. Elle ne se souvient pas de toutes les dates qui ont jalonné son parcours, mais ce 13 mars 1944 est ancré dans sa mémoire. « Je suis rentrée manger, seule, et j’ai vu cet homme grand, un peu à droite de la porte, avec un chapeau et un blouson de cuir. Il n’y avait aucun doute ».

Devoir de mémoire Enfin, les retrouvailles avec sa mère. « Elle me dit qu’elle va bientôt avoir des nouvelles de mon père et de mon frère. Je lui dis : non maman, ils ont été assassinés, gazés, et brûlés, tu n’auras plus de nouvelles d’eux. Je n’ai jamais eu de remords, mais lorsque j’ai eu mon fils (Richard Kolinka, batteur du groupe Téléphone), j’ai compris la douleur que j’ai pu lui causer ».

Après les questions, Ginette Kolinka termine par un message fort : « Où mène la haine ? C’est ce sentiment qui a poussé les nazis à commettre ces actes. Ne côtoyez jamais la haine, regardez votre voisin comme un être humain, pas sa couleur de peau ou sa religion ». Elle coupe les applaudissements qui l’honorent. « C’est moi qui vous applaudis, car c’est vous notre mémoire. Je compte sur vous ».